A propos de l’écovolontariat

Ça t’est déjà arrivé à toi de choisir un chemin, d’y croire dur comme fer, d’être persuadé d’être sur la bonne voie, puis de te rendre compte que tu fais complètement fausse route ?

Pour tout te dire, c’est un peu le sentiment que j’ai depuis quelques temps.

Avant de partir, quand je planifiais mon voyage, j’étais pleine de bonnes intentions. J’avais pris ma décision : je voulais aider les animaux en danger. Je me voyais déjà, digne aventurière des temps modernes, devenir indispensable à la survie de ces braves bêtes.

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Par-dessus tout, je ressentais le besoin d’être utile. De sortir de mon quotidien. D’arrêter de m’indigner toute seule dans mon coin. D’agir.

Puis, je suis partie.

Et très vite, je me suis rendu compte que la réalité était tout autre.

Si tu me suis, tu auras remarqué que jusqu’à présent, je n’ai vécu qu’une seule expérience écovolontaire. Et, à moins d’en avoir l’opportunité, ce sera sans doute la dernière.

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Pourquoi, me demandes-tu ? Prends un café et installe-toi. Ça risque d’être un peu long.

Il y a d’abord les raisons indépendantes de ma volonté, comme le manque d’opportunités.

Victimes de leur succès, les associations doivent souvent refuser des volontaires. Il faut donc réserver sa place des mois à l’avance. Ce que je n’ai pas fait étant donné que je n’ai pas de plan de route établi.

Il faut aussi savoir que la plupart des associations demandent une participation minimum d’un mois. Je comprends tout à fait leur démarche. En un mois, le volontaire est devenu totalement indépendant et peut travailler plus efficacement. C’est aussi un moyen de décourager les plus indécis. Toutefois, lorsqu’on voyage rapidement comme moi, il est quasi-impossible de s’engager pour une telle période. Techniquement, j’aurais très bien pu le faire, mais j’aurais vu beaucoup moins de pays et c’était aussi mon but.

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Enfin, il n’y a tout simplement pas tant d’associations qui accueillent des volontaires internationaux que ça. J’ai fait beaucoup de recherches. En Nouvelle Zélande, par exemple, les associations semblent privilégier les locaux qui peuvent venir les aider régulièrement. Là encore, je comprends leur méthode : il est plus facile de former une personne une fois que dix personnes à la suite et les animaux seront moins perturbés à cause du changement.

Voilà, ça, c’était la partie plus ou moins indépendante de ma volonté.

Vient ensuite mon état d’esprit actuel et mon expérience.

Comme tu as pu le lire dans mon article sur Devils @ Cradle, j’ai vraiment apprécié mon expérience d’écovolontaire. Je me suis sentie utile et j’ai beaucoup appris sur les animaux du centre. Oui, mais voilà, il y a aussi eu des points négatifs dont je n’ai pas parlé avec toi parce qu’ils sont totalement personnels et n’ont rien à voir avec ce staff adorable et compétent. « Ce n’est pas toi, c’est moi ».

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Tout d’abord, j’ai beaucoup de mal à répéter les mêmes gestes tous les jours. A travailler avec les mêmes personnes. Je suis sûre que tu ne t’y attendais pas à celle-là. C’est pourtant la vérité. Je me suis sentie oppressée. Je n’ai pas choisi un travail en free-lance pour rien. Ne te méprends pas, je suis sociable, j’aime travailler avec les gens, c’est stimulant… mais il faut que ça bouge.

Bien sûr, j’aurais très bien pu passer au-dessus de ça. Ce n’est pas si grave finalement, si je peux aider au bien être d’animaux. Le problème, c’est que je ne me suis pas sentie à ma place. C’est très bizarre comme sensation. On est là, à l’endroit où on rêve de se trouver depuis des mois, et… il ne se passe absolument rien. Ce n’est pas la révélation que l’on espérait.

Ne me regarde pas comme ça : je sais que j’ai été utile au centre. J’ai pu décharger les soigneurs de leur travail quotidien. Mais je ne me suis pas sentie utile pour l’espèce. Tu vois la différence ?

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J’ai aussi compris que mon truc, c’était de m’occuper des animaux. Vraiment de m’en occuper. Les soigner, les nourrir… les materner. Or, on sait toi et moi qu’il ne faut surtout pas faire ça avec les animaux sauvages. Le but du jeu étant de les relâcher, ce serait une catastrophe.

En écrivant ça, j’ai un peu l’impression d’être une enfant gâtée qui n’a pas eu le jouet qu’elle voulait. C’est peut-être le cas… Moi, je préfère dire que j’ai testé mes limites.

En France, je suis un peu une Brigitte Bardot (non, pas la version pin-up). J’ai tendance à récupérer tous les chats qui trainent. Ça m’a permis de comprendre une chose : ça ne fait pas de moi la sauveuse de tous les animaux. Et ce n’est pas grave. Je sais maintenant que je n’ai pas à aller à l’autre bout du monde pour changer les choses. Si à mon niveau, je peux être utile à quelques animaux… c’est déjà pas mal, non ?

Ceci étant dit, ça me pose un problème pour mon blog. Je voulais faire de l’écovolontariat un fil rouge parmi mes récits. C’est raté.

Du coup, je réfléchis à ce que je pourrais te raconter d’intéressant. Pour l’instant, il ne va pas y avoir trop de changement. Je continuerai à te parler de mon tour du monde. Mais à mon retour, je m’occuperai de dépoussiérer tout ça avec un nouveau design et un contenu repensé. Le Japon sera toujours là, les voyages aussi… mais j’ai envie d’expérimenter et d’élargir mes horizons.

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On en reparle très vite.

En attendant, ça me ferait très plaisir d’avoir ton avis sur tout ça. N’hésite pas à laisser un commentaire.

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5 réponses à “A propos de l’écovolontariat

  1. Ça n’a pas du être évident de te rentre compte que tu devais laisser de côté ce qui devait au départ constituer une part importante de ton voyage… J’ai moi aussi beaucoup de mal à supporter la routine et je suis perpétuellement à la recherche de changements alors je comprends tes frustrations! Je te souhaite de trouver d’autres projets épanouissants qui t’intéresseront autant, voir plus 🙂

    • Effectivement, ça a été une petite défaite et j’ai longtemps hésité à écrire cet article. J’avais peur de décevoir mes gens. Mais au final, ça aurait été hypocrite de ma part et pas très épanouissant… du coup, je continue d’avancer, sans le moindre regret.
      Merci beaucoup pour ton message 🙂

  2. Ha le principe de réalité 🙂

    J’ai l’impression que ton périple t’enrichit énormément et surtout te confronte à toi-même, aux différences entre ce que l’on projette, imagine et la réaliste factuelle qui ne correspond pas toujours à celle fantasmée. Que ce soit avec l’écovolontariat ou n’importe quel engament, on peut découvrir en faisant, en vivant que cela ne nous correspond pas. Je trouve ton article courage, tu te pose les bonnes questions.

    J’ai eu la même révélation quand j’ai commencer à m’engager un peu dans la lutte anti-nucléaire et les asso d’aide au Japon. Ce type de bénévolat demande un caractère et une personnalité particulière.

    A constater que tu n’es pas faire pour ça, tu gagnes du temps et tu t’épargnes bien des déconvenues et des douleurs.
    Le voyage continue !

    • Exactement. Je pense que ça fait partie du processus. On voyage, on évolue, on se cogne à des murs, mais c’est la vie. Et au moins, j’aurais essayé. Je n’ai aucun regret.
      Je suis toujours très contente d’avoir un commentaire de ta part parce que tu cernes très bien mes sentiments et la situation. C’est un plaisir de discuter avec toi.
      J’espère que ça va mieux niveau santé.

  3. Comme tu le dis, tu as testé tes limites et ce n’est pas honteux de les remettre en question. Au contraire, c’est tout à fait responsable, tout le monde n’est pas capable de tout par solidarité. Une expérience écosolidaire doit être enrichissant pour les deux, je pense que tu as « fait ton job » sur place mais si derrière, comme tu le dis, « il ne se passe rien », c’est que ce n’était pas la bonne formule pour toi. Mais maintenant tu le sais et c’est l’essentiel je pense 🙂

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